Travaux de rénovation : quel impact de l’instabilité politique sur les prix et les aides ?

Aides à la rénovation, taux d’intérêt, prix des matériaux, fiscalité, élections… Depuis plusieurs années, le contexte économique et politique français est devenu particulièrement difficile à lire.

Et si vous avez un projet de rénovation, vous vous demandez peut-être une chose très simple :

Est-ce le bon moment pour faire mes travaux ?

La question mérite mieux qu'un simple « oui » ou « non ».

Car l'incertitude actuelle ne signifie pas que les besoins de rénovation disparaissent. Elle change surtout la manière dont les particuliers prennent leurs décisions, et la manière dont les entreprises doivent construire leurs devis.

Voici ce que cela change concrètement pour un propriétaire en Savoie ou en Isère.

Bonne lecture.

Hugo

ps : tous les chiffres cités dans cet article sont disponibles en bas de page, via les sources de la fédération française du bâtiment (FFB) et la CAPEB.

1/ Un secteur du bâtiment qui n'est toujours pas revenu à la normale

Commençons par les chiffres.

En 2025, l'activité globale du bâtiment a reculé de 4 % en France. Et au premier trimestre 2026, l'activité des entreprises artisanales du bâtiment a encore diminué de 1,5 % sur un an.

Plus surprenant encore : les travaux de rénovation énergétique ont eux aussi reculé de 1,5 %, pour le sixième trimestre consécutif.

Pourtant, le besoin de rénover les logements n'a évidemment pas disparu.

Les maisons vieillissent.

Les vagues de canicule se rallongent et s'intensifient.

Les toitures doivent être entretenues.

Les menuiseries arrivent en fin de vie.

Les logements mal isolés restent coûteux à chauffer.

Et les exigences de performance énergétique continuent d'évoluer.

Alors pourquoi le marché ralentit-il ?

Une partie de la réponse se trouve dans un phénomène beaucoup plus difficile à mesurer que le prix d'un matériau ou le taux d'un crédit : l'attentisme.

2/ Le problème n'est pas toujours le manque d'argent. C'est parfois le manque de visibilité.

Lorsqu'un particulier envisage de dépenser 30 000€, 50 000€ ou 80 000 € pour améliorer sa maison, il ne regarde pas uniquement le prix du devis.

Il se pose aussi d'autres questions :

  • Les aides auxquelles j'ai droit seront-elles toujours les mêmes dans quelques mois ?

  • Est-ce que les règles vont encore changer ?

  • Est-ce que les taux d'intérêt vont baisser ?

  • Est-ce que je dois faire les travaux maintenant ou attendre ?

  • Est-ce que les prix des matériaux vont encore augmenter ?

  • Est-ce que mon projet sera toujours aussi intéressant dans deux ans ?

Ces questions sont parfaitement légitimes.

Mais lorsqu'elles se multiplient, elles peuvent avoir un effet économique important : le projet reste dans la tête du propriétaire… mais la signature du devis est repoussée.

C'est l'un des effets les plus importants de l'instabilité actuelle.

3/ Les aides à la rénovation : un exemple particulièrement parlant

La rénovation énergétique illustre parfaitement cette situation.

Le budget de MaPrimeRénov' a été maintenu à 3,6 milliards d'euros en 2026, avec un objectif de 270 000 rénovations financées. Mais dans le même temps, le Fonds vert destiné aux collectivités est passé de 2 milliards d'euros en 2024 à environ 850 millions en 2026, soit une baisse de près de 60 %. Dans un contexte de déficit public de 134,6 milliards d'euros, la transition écologique semble ainsi faire partie des politiques soumises à de forts arbitrages budgétaires. 

Pour un propriétaire, cette complexité peut suffire à repousser une rénovation pourtant pertinente.

Et pour une entreprise, elle peut rendre beaucoup plus difficile la planification d'un chantier.

C'est notamment le cas pour des travaux importants comme une isolation thermique par l'extérieur (ITE) ou une rénovation de toiture avec isolation par sarking.

D'ailleurs, si vous souhaitez tout comprendre sur les aides disponibles, j'ai écrit un article qui vous explique tout en 2 minutes --> Lire l'article


4/ Tous les travaux ne réagissent pas de la même manière à la crise

C'est probablement l'un des enseignements les plus intéressants de cette période.

Prenons deux projets.

 

Projet n°1 : installer une pergola

C'est un projet de confort.

Il améliore la maison et permet de mieux profiter de ses extérieurs.

Mais si le contexte économique devient incertain, le propriétaire peut parfaitement décider : « On fera la pergola l'année prochaine. »

Le projet est reporté.

 

Projet n°2 : refaire une toiture vieillissante

La logique est différente.

Une toiture qui présente des infiltrations, une isolation devenue insuffisante ou des éléments de couverture arrivés en fin de vie ne peuvent pas toujours attendre.

Reporter les travaux peut aussi finir par coûter plus cher, financièrement mais également en confort. Les épisodes de fortes chaleurs que nous avons connus cet été 2026 nous l'ont encore rappelé : une maison mal isolée ou mal protégée du soleil peut rapidement devenir très inconfortable lorsque les températures s'enchaînent.

Ci-joint le bulletin du 16 juillet 2026 issu de Santé Publique France

C'est pourquoi les différents marchés de la rénovation ne réagissent pas de la même manière aux périodes d'incertitude.

Les travaux liés à la préservation du bâtiment, à l'isolation ou à la réglementation sont généralement moins facilement reportables que les travaux d'agrément.

Et c'est une distinction importante lorsqu'on réfléchit à son projet.


5/ Il y a aussi un autre facteur : le prix des matériaux

L'instabilité politique ne reste pas confinée aux ministères ou aux parlements.

Elle peut finir par se retrouver… sur un devis.

Les tensions géopolitiques peuvent notamment influencer le prix de l'énergie, des carburants et de certaines matières premières.

Au premier semestre 2026, près de 30 % des artisans du bâtiment interrogés déclaraient subir fortement l'impact de la hausse du pétrole et des matériaux. Les déplacements sur chantier et les approvisionnements auprès des négociants sont particulièrement concernés.

Pourquoi l'énergie a-t-elle autant d'importance dans le bâtiment ?

Parce qu'un matériau ne tombe pas du ciel.

Une tuile doit être fabriquée et cuite.

L'aluminium doit être transformé.

Le verre doit être produit à très haute température.

Le bois doit être scié, séché et transformé.

Les matériaux doivent ensuite être transportés jusqu'au négociant, puis jusqu'au chantier.

Une hausse du coût de l'énergie peut donc se diffuser progressivement dans toute la chaîne.

C'est aussi pour cette raison qu'un devis établi aujourd'hui ne peut pas toujours être considéré comme une photographie éternelle du prix des matériaux.

À ce propos, j’ai écrit un article complet sur les raisons pour lesquelles les travaux restent aussi chers. Vous y trouverez notamment des graphiques issus de l’INSEE montrant l’évolution du cours des matières premières depuis 2015. L'évolution est choquante.

 Lire l'article

Ce graphique de la FFB montre d'ailleurs qu'il n'y a pas que les coûts des matériaux qui augmentent. La situation financière des entreprises continue de se dégrader

https://www.ffbatiment.fr/actualites-batiment/actualite-ba/conjoncture-batiment-mai-2026


6/ Alors, faut-il attendre ?

C'est probablement la mauvaise question.

La meilleure question est plutôt :

« Qu'est-ce qui justifie d'attendre dans mon cas précis ? »

Si votre projet est purement esthétique ou lié à un confort supplémentaire, attendre peut parfaitement être cohérent.

Mais si vous devez refaire une toiture, traiter un problème d'infiltration, améliorer une maison très énergivore ou remplacer des menuiseries devenues peu performantes, repousser systématiquement la décision n'est pas nécessairement la meilleure stratégie.

Car attendre ne garantit pas que les prix baisseront.

Cela ne garantit pas non plus que les aides seront plus avantageuses.

Et cela ne garantit certainement pas que les règles seront plus simples dans six mois.

L'incertitude fonctionne dans les deux sens.


7/ Ce que nous recommandons à nos clients

Chez Allobroges Habitat, nous pensons qu'une période comme celle que nous traversons impose surtout davantage de transparence.

Avant de lancer un chantier, il faut savoir :

1. Pourquoi faire les travaux ?

Est-ce une urgence technique, une amélioration du confort, une réduction des consommations ou un projet patrimonial ?

2. Quels travaux sont réellement prioritaires ?

Il n'est pas toujours nécessaire de tout faire en même temps. Une bonne rénovation commence aussi par hiérarchiser les interventions.

3. Quelles aides sont réellement mobilisables ?

Il vaut mieux raisonner à partir des dispositifs effectivement accessibles au moment du projet plutôt que de construire son budget sur une aide hypothétique.

4. Quelle visibilité avez-vous sur le coût ?

Dans une période où les matières premières restent volatiles, la question des délais d'approvisionnement et de la validité des devis mérite une attention particulière.

5. Quel sera le coût de l'attente ?

C'est une question que l'on oublie souvent.

Attendre six mois peut être une bonne décision.

Mais cela peut aussi signifier continuer à chauffer une maison mal isolée pendant un hiver supplémentaire, laisser une toiture se dégrader ou perdre du temps avant une rénovation devenue nécessaire.


8/ L'incertitude ne signifie donc pas qu'il faut arrêter de rénover

Elle signifie qu'il faut rénover avec davantage de méthode.

Le marché du bâtiment traverse actuellement une période compliquée. Les chiffres montrent que la reprise reste fragile, malgré le maintien de plusieurs dispositifs publics.

Mais derrière ces statistiques, les besoins des maisons n'ont pas changé.

Une toiture vieillissante reste une toiture vieillissante.

Une maison mal isolée reste coûteuse à chauffer.

Une fenêtre peu performante reste une fenêtre peu performante.

Ce qui change, c'est le contexte dans lequel nous prenons la décision de rénover.

Notre rôle, en tant qu'entreprise, n'est donc pas de vous dire systématiquement « faites les travaux maintenant ».

C'est de vous aider à déterminer quels travaux ont du sens, dans quel ordre les réaliser et avec quel niveau de visibilité sur leur coût.

Parce que dans une période incertaine, le meilleur investissement n'est pas forcément celui que l'on réalise le plus vite.

C'est celui que l'on comprend le mieux.


Cet article s'appuie notamment sur les données de conjoncture publiées par la FFB et la CAPEB et sur une analyse de l'évolution du marché du bâtiment entre 2015 et 2026.

Sources et citations :
  1. Bilan 2025 et prévisions 2026 – Léger rebond sans véritable reprise du bâtiment - FFB, https://www.ffbatiment.fr/actualites-batiment/actualite-ba/bilan-2025-previsions-2026-leger-rebond-sans-reprise-batiment

  2. Conjoncture batiment 2026 : marché btp et perspective 2027 - FFB, https://www.ffbatiment.fr/actualites-batiment/actualite-ba/conjoncture-batiment-mai-2026

  3. Artisanat du bâtiment : un trimestre à nouveau défavorable qui ne permettra pas d'encaisser un nouveau choc sur les coûts - Capeb, https://www.capeb.fr/actualites/artisanat-du-batiment-un-trimestre-a-nouveau-defavorable-qui-ne-permettra-pas-d-encaisser-un-nouveau-choc-sur-les-couts

  4. Entre reprise et incertitude : l'activité des artisans du bâtiment au 1er trimestre 2026 - Capeb, https://www.capeb.fr/actualites/entre-reprise-et-incertitude-lactivite-des-artisans-du-batiment-au-1er-trimestre-2026

  5. Construction neuve : la reprise se confirme, les incertitudes persistent - Batirama.com, https://www.batirama.com/article/86533-construction-neuve-la-reprise-se-confirme-les-incertitudes-persistent.html

  6. La note de conjoncture de la CAPEB : 2ème trimestre 2025 - Service Veille Artisanat, https://infoartisanat.artisanat.fr/index.php?lvl=notice_display&id=40073

  7. Conjoncture 2026 - un contexte encore fragile pour les entreprises du bâtiment - Capeb, https://www.capeb.fr/actualites/conjoncture-2026-un-contexte-encore-fragile-pour-les-entreprises-du-batiment


Un dernier mot avant de partir

Bonjour, moi c’est Hugo.

Si vous découvrez Allobroges Habitat à travers cet article, bienvenue !

Je dirige une TPE du bâtiment installée à Chapareillan, à la frontière de la Savoie et de l’Isère.

Mon objectif est simple : faire mieux comprendre les travaux de rénovation aux particuliers, avec des explications concrètes, des chiffres, et surtout un regard de professionnel du terrain.

Si vous avez un projet de rénovation énergétique, d’extension, véranda, de pergola ou de protection solaire, vous pouvez me contacter directement via le formulaire.

Et si vous souhaitez suivre les coulisses de l’entreprise, mes réflexions sur le bâtiment et quelques conseils au passage, vous pouvez aussi me retrouver sur LinkedIn ou vous abonner à la newsletter d’Allobroges Habitat.

À bientôt,

Hugo Calmand